Le vocabulaire de l’enroulement filamentaire

Guide illustré des matériaux, des mouvements de la machine, des schémas d’enroulement et de la qualité du stratifié

q, GuiFw

L’enroulement filamentaire transforme des renforts continus en structures composites creuses en déposant les fibres selon des trajectoires contrôlées sur un outil tournant. Son vocabulaire relie le choix du matériau, sa position et la vérification du stratifié fini. Tubes, réservoirs, poteaux et appareils à pression partagent ces termes, malgré des contraintes de fabrication différentes.


1. De la bobine de fibres au mandrin




Mandrin — Outil qui soutient la dépose et définit la géométrie intérieure. Il peut être extractible, rétractable ou sacrificiel.


Liner — Barrière intérieure pouvant rester dans le produit. Un liner n’est pas automatiquement une couche structurelle porteuse.


Cantre, dispositif de tension et guide de dépose — Le cantre porte les bobines, le dispositif de tension règle la traction et le guide dirige la bande vers la surface. [1]


En enroulement humide, le renfort sec reçoit une résine liquide pendant la production. Le towpreg est fourni avec la résine déjà incorporée. L’enroulement thermoplastique exige une stratégie adaptée de chauffage et de consolidation, plutôt qu’une réaction de réticulation thermodurcissable. Le procédé détermine les exigences de manipulation, de stockage et de température. [2, 3]


2. Terminologie des renforts et des résines


Filament, fil, roving et tow — Un filament est une fibre individuelle. Les faisceaux plus importants sont désignés par fil, roving ou tow selon le renfort et le fournisseur.


Tex et nombre K — Le tex exprime la masse linéique en grammes pour 1 000 m. Une désignation de mèche carbone telle que 12K indique environ 12 000 filaments ; elle ne précise pas la largeur du faisceau.


Largeur de bande — Largeur du renfort déposé, mesurée perpendiculairement à sa direction. Plusieurs faisceaux peuvent constituer une bande. [1]


Matrice — Phase continue de résine entourant le renfort. Sa fenêtre de mise en œuvre et ses propriétés après durcissement influencent la fabrication et le comportement en service.


Imprégnation et mouillage — L’imprégnation introduit la résine dans le renfort. Le mouillage décrit l’efficacité du contact entre résine et fibres. Une surface brillante ne prouve pas une imprégnation interne complète.


Durée pratique d’utilisation et temps de gel — La première est l’intervalle de travail utilisable dans les conditions indiquées. Le second marque la formation du réseau de gel. Aucun ne signifie que le stratifié a atteint ses propriétés finales.


Cycle de durcissement et post-cuisson — Le programme thermique prescrit développe la matrice thermodurcissable. Une post-cuisson peut être nécessaire pour atteindre les propriétés requises. Respecter le programme validé du fournisseur de résine.


3. Angle d’enroulement : toujours préciser la référence



Ici, 0° est axial et 90° circonférentiel. Les signes +α et −α distinguent des pentes opposées dans le repère déclaré. Ils ne commandent pas, à eux seuls, le sens horaire ou antihoraire de la broche. Plan, simulation et programme CNC doivent employer des références compatibles. [1]


4. Enroulement circonférentiel, hélicoïdal et polaire



L’enroulement circonférentiel place les fibres presque autour de la circonférence pour reprendre les efforts dans cette direction. Une faible avance axiale répartit les tours voisins le long du cylindre. L’hélicoïdal combine rotation et déplacement longitudinal pour produire des trajectoires inclinées ; des courses opposées peuvent croiser les directions des fibres. Le polaire passe sur les extrémités et autour des ouvertures polaires. Sa faisabilité dépend de la géométrie et de la machine. [2]


Dôme et bossage — Le dôme est la partie courbe à l’extrémité du réservoir. Le bossage est la pièce d’extrémité associée à une ouverture et à la structure enroulée qui l’entoure.


Trajectoire géodésique — Trajectoire localement droite dans la géométrie de la surface. Sur une surface courbe quelconque, elle ne paraît pas nécessairement droite en vue latérale.


Trajectoire non géodésique — Trajectoire s’écartant d’une géodésique et pouvant nécessiter une retenue latérale par frottement ou d’autres mécanismes. Une trajectoire tracée ne garantit pas le maintien réel de la fibre.


5. Mouvement, pas et vitesse


Pour un cylindre idéal de diamètre constant D, sans glissement et avec une dépose en régime établi, la géométrie donne :


tan(α) = πDn / vₐ et p = vₐ / n


n est la vitesse de broche en tours/min, vₐ la vitesse axiale de dépose en mm/min, D le diamètre en mm et p l’avance axiale par tour en mm/tour. Ainsi, tan(α) = πD/p. Ces relations concernent la dépose sur le cylindre ; elles ne modélisent ni les dômes ni les retournements.


Exemple : D = 200 mm, n = 10 tours/min et α = 60° donnent vₐ ≈ 3 628 mm/min et p ≈ 362,8 mm/tour. Si le diamètre augmente à rapport de vitesses constant, l’angle change. La commande peut donc adapter le mouvement à l’épaississement du stratifié.


6. Passes, circuits et fermeture du motif



Une révolution est un tour de broche. Une passe désigne généralement une course dans un sens. Un circuit comprend habituellement un aller-retour. « Cycle » est moins uniforme : il peut désigner un circuit, une répétition ou une autre opération programmée. Associer la définition au nombre annoncé sans assimiler automatiquement cycle et révolution.


Le motif se ferme lorsque la séquence de trajectoires retrouve sa relation de répétition. Fermeture et couverture complète sont distinctes : un motif répétitif peut conserver des espaces non couverts. L’indexation est le décalage circonférentiel contrôlé entre déposes successives. Le retournement est la zone terminale où le sens de déplacement s’inverse ; angle, vitesse et accumulation peuvent y différer de ceux du cylindre central.


Couverture — Étendue de la surface prévue recouverte par les bandes déposées. La vérifier sur la longueur utile et dans les zones d’extrémité.


Pli ou couche — Regroupement du renfort pour le calcul ou la fabrication. Préciser s’il représente une orientation, une paire ±α ou une séquence de couverture complète.


Stratifié et séquence d’empilement — Ensemble des couches et ordre de leurs orientations. Par exemple, [ +55 / −55 / 90 ] indique trois orientations ; épaisseurs et répétitions restent à préciser.


Équilibré et symétrique — Un stratifié équilibré associe des contributions +α et −α équivalentes. Un stratifié symétrique présente une construction en miroir par rapport au plan moyen. L’une de ces propriétés n’implique pas l’autre.


7. Longueur utile et surlongueur de détourage


La longueur utile est conservée dans la pièce finie. La surlongueur de détourage est la matière supplémentaire retirée après fabrication. Les distinguer de la course totale du chariot, qui peut inclure entrée, retournement et dégagement.


8. Termes de qualité essentiels à l’atelier


Fraction volumique de fibres, Vᶠ — Volume des fibres divisé par le volume total du composite. Elle diffère de la fraction massique ; la conversion exige les masses volumiques des constituants et un traitement cohérent des vides.


Taux de vides — Fraction du volume intérieur vide. Une méthode de mesure adaptée est nécessaire ; l’examen visuel de la surface ne suffit pas.


Zone riche en résine et zone sèche — La première contient relativement peu de renfort. La seconde présente une imprégnation insuffisante. Leur acceptation dépend des exigences du produit.


Ondulation et glissement des fibres — L’ondulation est un écart par rapport à l’alignement prévu. Le glissement est un déplacement du renfort par rapport à sa position de dépose prévue.


Délaminage — Séparation entre couches du stratifié. À distinguer d’une rayure de surface ou d’un espace entre bandes voisines.


Tension et compactage — La tension est l’effort de traction appliqué au renfort. Le compactage correspond à la consolidation du matériau déposé. La tension l’influence, mais la relation dépend également de la courbure, de l’angle et du comportement des matériaux. [2]


9. Rédiger une spécification d’enroulement sans ambiguïté


Une recette utilisable précise géométrie, matériaux, référence angulaire, largeur déposée, base de mesure de tension, limites de vitesse, séquence, définitions des comptages, traitement des extrémités, cycle de durcissement et critères de contrôle. Les axes X, Y, Z et A dépendent de la machine : définir leurs fonctions physiques plutôt que supposer une convention universelle.


Exemple : « Enrouler la section cylindrique à ±60° par rapport à l’axe du mandrin. Un circuit correspond à un aller-retour. Appliquer le nombre de circuits prescrit et vérifier la couverture sur la longueur utile. Enregistrer largeur déposée, tension par faisceau et diamètre réel. Utiliser les recettes approuvées de retournement et de durcissement. » Ajouter les valeurs et limites d’acceptation propres à la pièce.


Références et lectures complémentaires


[1] Cadfil. Filament Winding Glossary. https://www.cadfil.com/help/html/glossary.htm


[2] University of Plymouth, MATS347. Filament winding and pultrusion. https://ecm-academics.plymouth.ac.uk/jsummerscales/MATS347/MATS347C9%20FWpult.htm


[3] Polar Technology. Filament Winding. https://www.polartechnology.co.uk/capabilities/filament-winding/


Toutes les figures sont des schémas explicatifs originaux. L’exemple numérique est donné à titre illustratif.